Menacé d'extinction, le harfang des neiges au cœur d'une proposition de conservation internationale
Lors de la réunion de la CMS prévue en mars 2026, les pays examineront si cette espèce emblématique, parmi les 42 espèces migratrices proposées, nécessite une conservation internationale
Bonn, le 18 décembre 2025 – Les Parties à la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS) ont soumis des propositions visant à ajouter 42 nouvelles espèces migratrices aux Annexes de la Convention en tant qu'espèces nécessitant une conservation internationale. En raison de l'augmentation de sa population, il est proposé de retirer une espèce, le Cerf élaphe du Turkestan, de la liste des espèces nécessitant la plus haute protection.
Traité environnemental des Nations Unies, la CMS réunit gouvernements et parties prenantes pour traiter des enjeux liés à la conservation des espèces migratrices et de leurs habitats. Juridiquement contraignante, la Convention comporte deux annexes : l'Annexe I, pour les espèces menacées d'extinction, et l'Annexe II, pour les espèces nécessitant une coopération internationale. Les amendements proposés aux annexes de la CMS seront examinés lors de la 15e Session de la Conférence des Parties (COP15) qui se tiendra à Campo Grande, au Brésil, du 23 au 29 mars 2026.
« Alors que les pressions exercées sur les espèces migratrices de notre planète s'intensifient, l'engagement international à mettre en œuvre des mesures efficaces n'a jamais été aussi essentiel. Les propositions visant à inscrire 42 nouvelles espèces aux annexes de la CMS, notamment des animaux emblématiques comme le harfang des neiges et le requin marteau, reflètent le besoin urgent d'une action mondiale coordonnée. Lors de la COP15, les gouvernements ont l'opportunité de renforcer les efforts pour sauvegarder ces espèces », a déclaré Amy Fraenkel, Secrétaire exécutive de la CMS.
Des antilopes aux baleines en passant par les chauves-souris, les oiseaux et les tortues de mer, les espèces migratrices visées par le Traité sont les espèces d'animaux sauvages qui doivent se déplacer régulièrement, souvent de manière saisonnière, dans le cadre de leur cycle de vie naturel, et qui franchissent au moins une frontière nationale. Ces espèces sont indispensables à la santé et au bon fonctionnement des écosystèmes. Elles remplissent des fonctions essentielles, telles que la pollinisation, la dispersion des graines, le stockage du carbone et la régulation des ravageurs, tout en bénéficiant aux communautés qui en dépendent pour leur alimentation et leurs revenus.
Cependant, beaucoup de ces espèces sont en déclin en raison de pressions multiples, notamment la destruction et la fragmentation des habitats, la surexploitation, le changement climatique et la pollution.
Parmi les 42 espèces proposées pour figurer aux annexes de la Convention, certaines mettent en lumière les défis pressants auxquels sont confrontées les espèces migratrices sauvages. La hyène rayée (Hyaena hyaena), par exemple, possède une vaste aire de répartition, mais celle-ci devient de plus en plus fragmentée en Asie et en Afrique.
Avec une population mondiale estimée à moins de 10 000 individus matures, elle est menacée par la perte et la fragmentation de son habitat, dues à l'agriculture, à l'urbanisation et au développement des infrastructures, par la diminution des proies résultant du déclin d'autres grands carnivores et de l'évolution des pratiques d'élevage, ainsi que par la chasse et le commerce illégaux. La persécution généralisée, souvent liée aux conflits entre l'homme et la faune sauvage ainsi qu'aux perceptions négatives à son égard, accentue le danger qui pèse sur ce charognard essentiel, acteur clé du recyclage des nutriments et de la prévention des maladies grâce à sa consommation de charognes.
De même, le harfang des neiges (Bubo scandiacus) a gagné une large reconnaissance ces dernières années grâce à la culture populaire, mais sa situation devient de plus en plus précaire. Au cours des trois dernières décennies, l'espèce a perdu un tiers de sa population mondiale, et l'organisation internationale de conservation BirdLife International l'a récemment déclarée éteinte en Suède. En tant que principal prédateur et emblème aviaire de la toundra arctique, le harfang des neiges est un indicateur clé de la santé de cet écosystème fragile. Le changement climatique et la surexploitation sont parmi les principales causes du déclin de sa population et mettent bien en évidence la vulnérabilité de l'espèce malgré son statut emblématique.
Les espèces marines sont également exposées à de graves risques, comme en témoigne la situation critique du grand requin-marteau (Sphyrna mokarran). La surexploitation des pêcheries, aussi bien en tant que capture ciblée qu'en tant que prise accessoire, a entraîné un déclin important de la population, en raison de la valeur marchande élevée de ses nageoires et de la demande pour sa viande. Cette surpêche menace le requin à chaque étape de sa vie, aussi bien dans les eaux proches du littoral que celles du large. En tant que superprédateur, la disparition du grand requin-marteau risque de déstabiliser le réseau trophique marin et de compromettre la santé globale des écosystèmes océaniques.

Loutre géante en quête de nourriture, fleuve Piquiri, Mato Grosso, Brésil © Bernard Dupont, France
Les 42 espèces proposées pour inscription aux annexes de la CMS sont les suivantes :
Mammifères terrestres
- Guépard (Acinonyx jubatus) - proposition d'inscription des populations de guépards du Zimbabwe aux Annexes I et II. D'autres populations, à l'exception de celles du Botswana et de la Namibie, sont déjà inscrites à l'Annexe I. La proposition a été soumise par le gouvernement du Zimbabwe.
- Hyène rayée (Hyaena hyaena) - proposition d'inscription aux Annexes I et II, soumise par les gouvernements du Tadjikistan et de l'Ouzbékistan.
Espèces aviaires
- Harfang des neiges (Bubo scandiacus) - proposition d'inscription à l'Annexe II, soumise par le gouvernement de la Norvège.
- Pétrels à godets (26 espèces des genres Pterodroma et Pseudobulweria) - proposition d'inscrire neuf taxons de pétrels à godets à l'Annexe I et 17 taxons à l'Annexe II, soumise par les gouvernements de l'Australie, du Brésil, du Chili, des îles Cook, de la République dominicaine, des îles Fidji et de la Nouvelle-Zélande.
- Puffin à pieds pâles (Ardenna carneipes) - proposition d'inscription à l'Annexe II, soumise par les gouvernements de l'Australie, de la France et de la Nouvelle-Zélande.
- Courlis corlieu (Numenius phaeopus hudsonicus) - proposition d'inscription à l'Annexe I, soumise par les gouvernements du Brésil et du Chili.
- Barge hudsonienne (Limosa haemastica) - proposition d'inscription à l'Annexe I, soumise par les gouvernements du Brésil et du Chili.
- Petit chevalier (Tringa flavipes) - proposition d'inscription à l'Annexe I, soumise par le gouvernement de l'Uruguay.
- Sporophile d'Ibera (Sporophila iberaensis) - proposition d'inscription à l'Annexe II, soumise par les gouvernements de l'Argentine et du Brésil.
Espèces aquatiques
- Loutre géante du Brésil (Pteronura brasiliensis) - proposition d'inscription aux Annexes I et II, soumise par le gouvernement de la France.
- Requin-renard pélagique, requin-renard à gros yeux et requin-renard commun (Alopias pelagicus, Alopias superciliosus, Alopias vulpinus) - proposition d'inscrire les trois espèces de requins-renards à l'Annexe I tout en maintenant leur statut à l'Annexe II, soumise par le gouvernement du Panama.
- Émissole gatuso (Mustelus schmitti) - proposition d'inscription à l'Annexe II, soumise par le gouvernement du Brésil.
- Requin-marteau halicorne (Sphyrna lewini) - proposition d'inscription à l'Annexe I tout en maintenant son statut à l'Annexe II, soumise par le gouvernement de l'Équateur.
- Grand requin-marteau (Sphyrna mokarran) - proposition d'inscription à l'Annexe I tout en maintenant son statut à l'Annexe II, soumise par le gouvernement de l'Équateur.
- Ange de mer (Squatina guggenheim) - proposition d'inscription à l'Annexe II, soumise par le gouvernement du Brésil.
- Surubi tacheté (Pseudoplatystoma corruscans) - proposition d'inscription à l'Annexe II, soumise par le gouvernement du Brésil.
Espèce proposée pour être retirée de l'Annexe I de la CMS :
- Cerf élaphe du Turkestan (Cervus elaphus yarkandensis) - proposition de suppression de l'Annexe I, soumise par le gouvernement de l'Ouzbékistan.
La proposition de retirer cette espèce de l'Annexe I reflète la réussite des mesures de conservation à long terme et la reconstitution durable de cette sous-espèce. La sous-espèce resterait inscrite à l'Annexe II et bénéficierait d'une protection nationale, les États de l'aire de répartition s'engageant à maintenir et à consolider ces acquis.
Beaucoup d'espèces migratrices ne sont pas encore inscrites à la CMS
Le rapport phare de la CMS, État des espèces migratrices dans le monde, publié lors de la COP14 de la CMS en Ouzbékistan, a révélé que 399 espèces migratrices mondialement menacées et quasi menacées (principalement des oiseaux et des poissons) ne sont pas inscrites aux annexes de la CMS et pourraient bénéficier d'une inscription pour recevoir une protection accrue ou des mesures de conservation coordonnées renforcées.
Le rapport souligne également que si le changement climatique, la pollution et les espèces envahissantes ont un impact important sur les espèces migratrices, les deux plus grandes menaces restent la surexploitation et la perte d'habitat, qui constituent également les principales préoccupations pour la plupart des espèces proposées à l'inscription.
Il a également mis en évidence que, si près de la moitié des espèces inscrites aux annexes de la CMS (44 %) voient leur population décliner, 12 % sont en augmentation et 31 % restent stables. Cela souligne l'importance de leur inscription aux annexes de la CMS ainsi que la valeur des efforts de conservation menés dans le cadre de la Convention.
Le Conseil scientifique en charge de conseiller la COP15
Les amendements proposés aux annexes ont d'abord été examinés et commentés par les experts scientifiques de la Convention cette semaine, du 15 au 18 décembre 2025, lors de la 8e réunion du Comité de session du Conseil scientifique de la CMS (ScC-SC8), avant leur examen formel lors de la COP15 par les Parties à la CMS.
La ScC-SC8, qui se termine aujourd'hui, constitue la dernière réunion de l'organe consultatif scientifique de la Convention avant la COP15. Elle apporte des conseils scientifiques et techniques sur un vaste programme de conservation, incluant notamment la capture illégale et non durable d'espèces, la connectivité écologique, l'impact des infrastructures et des énergies renouvelables sur les espèces migratrices, le changement climatique, ainsi qu'un large éventail de questions de conservation spécifiques aux taxons ou transversales, qui seront toutes examinées lors de la COP15.
Des évaluations et rapports scientifiques à venir figurent également à l'ordre du jour des experts, notamment le premier rapport intermédiaire État des espèces migratrices dans le monde et une évaluation globale des poissons migrateurs d'eau douce, qui sera officiellement présentée à la COP15 l'année prochaine.
Cap sur Campo Grande, la porte d'entrée du Pantanal
La 15e Session de la Conférence des Parties à la CMS (COP15) sera organisée par le gouvernement du Brésil à Campo Grande, dans l'État du Mato Grosso do Sul, du 23 au 29 mars 2026, et sera précédée d'événements associés. Cette réunion de l'ONU sur la conservation de la vie sauvage rassemblera des gouvernements, des scientifiques, des organisations de conservation, des peuples autochtones, des communautés locales et d'autres parties prenantes qui aborderont les pressions croissantes exercées sur les espèces migratrices et leurs habitats. Elle devrait adopter un nombre important de nouveaux mandats afin de renforcer les actions de conservation des espèces migratrices à travers le monde. .

Banc de requins-marteaux, Mikimoto, Japon © Masayuki Agawa/Ocean Image Bank
- NOTES D'ÉDITION
Documents connexes
- Propositions d'inscription en anglais, espagnol et français
- Documents et Ordre du jour provisoire de la ScC-SC8
- Annexes I et II de la CMS en anglais, espagnol et français
- Images pour les médias
À propos de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS)
Traité environnemental des Nations Unies, la CMS constitue une plateforme mondiale pour la conservation et l'utilisation durable des animaux migrateurs et de leurs habitats. Ce traité unique rassemble les États et les experts des espèces sauvages pour répondre aux besoins de conservation des espèces migratrices terrestres, aquatiques et aviaires et de leurs habitats dans le monde entier. Depuis la signature de la Convention en 1979, le nombre de ses membres a augmenté pour atteindre 133 Parties (132 pays plus l'Union européenne).
La Convention définit une « espèce migratrice » comme « l'ensemble de la population ou toute partie séparée géographiquement de la population de toute espèce ou de tout taxon inférieur d'animaux sauvages, dont une fraction importante franchit cycliquement et de façon prévisible une ou plusieurs des limites de juridiction nationale » (article I, paragraphe 1 a).
Pour en savoir plus, veuillez consulter le site à l'adresse https://www.cms.int/fr/
Signification pratique des listes des Annexes I et II de la CMS
L'Annexe I concerne les espèces migratrices qui ont été évaluées comme étant en danger d'extinction sur l'ensemble ou une partie importante de leur aire de répartition. Les Parties qui sont un état de l'aire de répartition d'une espèce migratrice inscrite à l'Annexe I doivent s'efforcer de les protéger strictement en interdisant la capture de cette espèce, avec des exceptions très limitées, en conservant et, le cas échéant, en restaurant leurs habitats, en empêchant, éliminant ou atténuant les obstacles à leur migration et en contrôlant d'autres facteurs susceptibles de les mettre en danger.
L'Annexe II énumère les espèces migratrices dont l'état de conservation est défavorable et qui nécessitent des accords internationaux pour leur conservation et leur gestion. Elle comprend également des espèces dont l'état de conservation bénéficierait de manière significative de la coopération internationale qui pourrait être mise en place par un accord international. Concrètement, il peut s'agir de fixer des objectifs et des mesures de gestion communs pour des populations partagées, de préparer et de mettre en œuvre des plans d'action conjoints, de coordonner la surveillance et la recherche, de partager les données et les meilleures pratiques et de collaborer à la conservation et à la restauration d'habitats clés le long des itinéraires de migration des espèces. L'objectif est de garantir que les efforts de protection et de gestion soient coordonnés au-delà des frontières afin que les progrès en matière de conservation réalisés dans un pays ne soient pas compromis dans un autre.
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